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Un jour je serai musicienne

     Il y a des éléments d'une vie qui passent longtemps inaperçue et qui pourtant, tiennent une importance capitale. Je ne me suis jamais trop exprimée sur la place que prend la musique, depuis toujours dans mon existence, qui fait pourtant partie de mon identité et de mes grandes passions.  

    Alors voilà, je vous dirais que l'un des drames de ma vie est d'être née quelque part où l'on n'envoie pas les enfants au conservatoire. L'ironie du sort, c'est que mon père lui-même a une carrière de musicien dans l'armée (Je sais ce que c'est d'être réveillée au clairon ...) et qu'il est un excellent claviériste. Il a une oreille, une culture sitôt transmise dans notre éducation à mon frère et moi. Ma mère quant à elle, du plus loin que je m'en souvienne, a toujours chanté et adoré ça. J'ai grandi bercée de variété d'une part (parce qu'Obispo dans les années 90 pour les daronnes de 30 ans, c'était quand même quelque chose ...) de Rock et de grands textes de l'autre parce que mon père est un ancien Punk et qu'il fait partie de la grande famille des sensibles. La musique, comme une bande son de l'enfance a toujours été présente et appréciée, commentée, chantée à tue tête. Une extension naturelle du bruit de la vie. 

    Pourtant, à moi on a dit : "fais du sport, pas de la musique". Parce que grandir dans un village, parce que classe ouvrière, parce que tout ceci est bien au dessus de nos moyens. J'ai souvenir qu'on m'ait offert un accordéon jouet toute petite, une guitare sèche Maxitoys aussi, mais n'ai jamais eu l'occasion de prendre des cours. Alors si je suis ici pour vous en parler, c'est eut être parce que je me suis rabattue sur la machine à écrire de mon enfance qui a fini par se briser d'usure. Les premiers textes que j'ai pu écrire, et ça tombe sous le sens, étaient des chansons. 

    Souvenir de quelque chose, vers 8 ans, comme : 

"Les amis ça change la vie

Pour moi aussi, pour toi aussi

Les amis c'est pour la vie

Parce qu'on rit, parce qu'on rit"

      Le premier album qu'on m'ait offert était "Cassé", de Nolwenn Leroy. Ca a d'abord été la Star Academy, les comédies musicales (Mama Mia, Starmania, Hair...), puis les grandes voix (Trouvez plus exutoire que d'hurler à tue tête les sons de Lara Fabian ou d'Adèle post-rupture...), enfin les grands textes (Brel, Ferré, Brassens, les larmes ...). Autant vous le dire, ça m'a plutôt porté préjudice à l'école quand dans mon mp3 (Clé usb ... A l'ancienne, ceux qui savent savent) lâchait des sons de Mirelle Mathieu ou de Bashung entre deux albums de Diam's. On s'est pas mal foutu de ma gueule, jusqu'à la fin de mon adolescence et après encore ... "Camille en soirée elle est de bons délires, mais ne la laissez surtout pas s'occuper de la musique". Peut-être trop émotive pour être à la mode à une époque, j'ai totalement boycotté les radios jeunes, les chaines de clips actuels en me disant : "Bordel, qu'est-il arrivé à la chanson française ?" ... Y'a pas moyen (Dja Dja...), j'me sens mieux avec Barbara. De l'espoir tout de même avec la nouvelle génération, parce que quelques Pomme, Camélia Jordana et Clara Luciani arrivent dans le paysage musical et que ça fait du bien. 

    Ma propre histoire, j'entends celle de ma conception elle-même, part de là. Quelque part en 1994 au PMU du village duquel mes parents sont originaires, ma mère en amoureuse des bistros et des Jukebox écrivait une chanson. Mon père qui passait par là en avait profité pour déballer sa meilleure tactique de drague, lui proposant d'en composer la musique. Trois ans plus tard j'étais là, née d'une mélodie dont on m'a laissé entendre quelques bribes quinze ans plus tard, lorsque que je me suis mise comme par magie à chantonner cet air un matin sans ne jamais l'avoir entendu, laissant mes parents pantois ... 

    Depuis, mon père a l'habitude de dire que je suis née d'une chanson, il s'est remis à composer, s'est offert un synthé, a récupéré un piano et un saxophone. J'en profitais à la maison (quand j'y allais encore régulièrement) et paradoxalement, s'est installée une forme de colère et de frustration. Pourquoi diantre n'ai-je pas quelques notions de solfège, ni quelque aptitude à reconnaître une note sur la gamme ? J'ai bien essayé, pas autodidacte pour deux sous, par agacement quand le piano sonne mal ou parce que les cordes de la guitare m'explosent les doigts, j'ai abandonné. 

    Mon incapacité d'adolescente à comprendre les logiques de la musique m'a longtemps agacé. Et tout récemment je me suis dit que pour conjurer tout ça, j'allais apprendre à chanter. C'est un travail laborieux, long et parfois décourageant : relancer vingt fois la même note qui ne passe pas, apprendre des rythmiques, placer sa voix, des tons, des demi tons, des octaves, de l'ouverture ... Tout un joyeux bordel que je n'avais pas imaginé si compliqué. Toujours est-il que cela porte ses fruits, et est devenu mon meilleur exutoire. Thérapeutique, libérateur, je me suis découvert une passion sans talent, une passion tout de même ... J'adore chanter, sans trop assumer. Et les idées qui me viennent, au moment où elles me viennent m'empêchent de faire marche arrière. Je ne veux pas seulement chanter, je veux écrire, composer, jouer de la musique. Apprendre encore, affiner la culture : musiques du monde, musique classique, musique de rue. Enfin un jour, lorsque j'en aurai le temps et les moyens, créer. 

    Un jour, je serai musicienne. Peut être une piètre musicienne, peut être sans imagination et sans talent, je ferai de la musique. Il est déjà trop tard pour faire demi-tour, puisqu'il n'y a rien de plus important que les promesses qu'on se fait à soi-même. Papa un jour nous composerons ensemble, Maman j'espère que tu écriras quelques lignes à poser sur mon piano. Puisque j'ai hérité d'une passion et d'une plume et qu'il est temps d'abandonner la fainéantise et l'auto sabotage. Parce que j'aimerais que des notes témoignent de mon passage sur terre et que j'espère quelque part être un jour fière d'être partie de rien pour atteindre un objectif nouveau auquel je n'étais pas prédestinée. 

    Parce que la musique m'a toujours fait vivre et que je ne peux pas me passer d'elle. Parce que c'est ma meilleure amie et que "Je ne suis qu'une chanson".

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