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Pour mettre un gymnase rue de la Paix.


     A l'adolescence on se fabrique un monde, dans le mien il y avait beaucoup de choses. Des choses mouvantes et instables. Seulement une qui n'a jamais provoqué d'orages, une seule, mon sport. Je fais partie de ces personnes qui n'ont que leur discipline sportive à la bouche, il y a dans chacune de mes journées quelque chose qui m'y rapporte : un son, un mot, une discussion, un texto ... Toujours quelque chose ma rappelle le gymnase, lieu de tant de moments de joie. Voilà cinq ans que je n'ai pas foulé un plateau de compétition pour y viser un podium, trois ans que je n'y passe plus quatre heures par semaine dans un jogging de coach. De temps en temps, lorsque j'y retourne, je constate avec bonheur que rien n'a changé. Jamais. C'est pour cette raison que ce n'est non pas un hôtel, mais bien un gymnase que je voudrais mettre rue de la Paix. 

    J'ai toujours eu un rapport particulier aux lieux. Ce soir, à la salle, c'était comme depuis des années : sans mes coéquipières qui ont toutes, comme moi, fait leur vie ailleurs. Mais l'odeur des tapis était toujours là. Tout comme la tribu de petites puces en justaucorps et cycliste, tout comme la chaîne Hifi qui ne démarre jamais comme on le voudrait, tout comme les deux grands sourires de mes coachs prêtes à en découdre avec les mouvements fragiles de leurs petites protégées. Tout a changé : ma situation familiale, mes idéaux, mon corps, mon rapport au sport et aux muscles, ma vie. Et lorsqu'il y a quinze jours je confiait à ma coach ne plus rien reconnaître, elle me répondait : "Tu es chez toi ici, c'est ton repère.". 

     En effet, c'est mon repère. C'est là que je peux retrouver un peu de cette adolescente que j'ai été. J'arrive, je me change, je ris des bêtises des filles qui s'échauffent en gloussant, je monte tant bien que mal sur la poutre, j'essaie de lancer un saut, je tombe et me relève en riant : "C'est le métier qui rentre, ou plutôt qui se perd.". 

     Ce soir, lundi de pâques, les gamines n'étaient pas toutes présentes. Seulement au nombre de six et avec trois monitrices, l'entraînement fut "light". Enfin ... Light pour nous, puisque les petites préparent leur compétition individuelle qui sera pour elles la plus importante de l'année. Nous avons pu discuter de tout et de rien entre deux : "Tends tes jambes, lève la tête.". Comme à chaque fois, ce fut un réel bonheur. Entraînement chocolaté sur fond de musique entêtante pendant lequel je joue au chaton : on m'y écoute, on m'y console. En quelques mots l'angoisse disparaît, je ne suis plus une étudiante, encore moins une jeune femme en construction : je suis juste Camille. Et ça fait un bien fou. 

     A l'époque, c'était un refuge et je crois que ça l'est toujours un peu et pas seulement pour moi. Il me semble que toutes les filles qui y sont passées pourront conforter mon sentiment. J'en discutais avec l'une de mes anciennes coéquipières : on a toutes NOTRE COACH. Celui ou celle qui tient le rôle de confident.e et d'oreille attentive. Chez nous, elles sont extraordinaires. Ce sont des petites fées qui malgré qu'hors gymnase, elles aient des vies toutes différentes, prennent leur rôle très à coeur. L'une d'entre elles m'a dit - avant d'avoir des enfants - et avec humour : "Je ne suis pas pressée, à quoi  bon faire des gosses maintenant alors que j'en ai six à gérer ici.". J'ai dit la même chose quelques années plus tard quand l'une des mes plus jeunes gymnastes m'a demandé : "T'es une maman toi ?". Non, mais si tu veux, un peu la tienne le temps de l'entraînement. 

     C'est un rôle que je prends très à coeur. J'y ai trouvé des grandes et des petites soeurs. Jamais je n'ai douté de l'utilité de faire du bénévolat (parce que oui, on est toutes bénévoles.) dans ce club. Au delà de la passion pour cette discipline si complexe, le côté pédagogique et humain me met du baume au coeur. Pendant des années, j'y ai trouvé le réconfort que je n'avais - ni n'aurai - nulle part ailleurs. J'y ai appris le respect, la confiance en soi, la discipline, le dépassement de soi-même. J'y ai été une "élève", une coéquipière, une amie, une petite ado confuse, une coach et une confidente. J'aime ça, c'est viscéral. 

    Voilà tout pour ces quelques mots du soir. Je m'en vais, heureuse de compter une soirée de plus, toute légère et heureuse d'avoir "frappé du tapis". Avec toujours le pincement de devoir les laisser "jusqu'à la prochaine fois". 

Les photo, c'est cadeau ... 


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