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Confessions d'adulte.

     Les repas de famille m'inspirent toujours beaucoup de choses et ce soir ce n'est pas très positif. Ce post est un post lâche, peut être un article de "sans couilles" comme certains diraient. Mais vous savez, quelques jeunes de ma famille me suivent ici sur twitter, et s'ils tombent par hasard là dessus, ils comprendront sûrement. Si vous n'avez pas envie de me lire raconter ma vie, libre à vous de vous arrêter là. La suite n'est pas gaie, et trop personnelle pour être lue par des personnes malveillantes. Comme toujours, si je décide de rendre cela public, c'est que j'accepte les retours. Mais ici, je demande votre bienveillance. Pas gentils s'abstenir. 

     Il y a quelques temps que je me sens différente, différente d'avant. Dans mon appartement étudiant j'ai trouvé un équilibre, un "chez moi" et revenir dans l'Oïkos familial (ok, jeu de mot historien) ne me fait plus le même effet qu'avant. Je ne trouve plus le même réconfort qu'il y a un an, dans les bras de ma mère où dans ma chambre d'adolescente, bien que ces lieux me soient toujours parmi les plus agréables. Tout est différent. Et ce qui a le plus changé, c'est ma façon d'appréhender la vie. Voyez vous : j'ai enfin le courage de dire tout haut ce que je pensais tout bas il y a encore quelques temps. Du moins, enfin le courage d'écrire sous les yeux d'une mini communauté de lecteurs ce qui n'aurait peut-être jamais du quitter mon journal intime. 

     A ma famille, à mes amis. 

     Je ne suis pas celle que vous auriez aimé voir grandir. Papa me rêvait médecin et maman architecte. Désolée, je serai fonctionnaire. Oui, un prof. UNE prof d'ailleurs. Peut-être cela vous fait-il "mal au cul". Effectivement "Les profs sont tous de gauche et pensent avoir la science infuse". 
Il n'est pas question de science infuse ici. Mais je suis actuellement, avec mon bac+1 la personne la plus diplômée de la famille et j'ai eu la CHANCE de découvrir un monde qui me correspond : la fac. Contrairement à vous, je n'aurai pas besoin d'en chier et de donner de ma personne pour réussir. Les études suffiront. En effet, tout ça, c'est grâce à vous et je vous en serai éternellement reconnaissante. Mais vous regrettez peut-être sur certains points de m'avoir offert cette chance car je deviens votre contraire. Je m'intéresse à beaucoup de choses et je ne supporte plus les vacances glandouilleuses à l'hôtel où dans un mobil home à rester des heures avachis sur la plage. Je ne participe plus aux discussions familiales dans lesquelles on vante les "innombrables qualités" de notre Blondasse nationale en costume bleu Marine et les exploits présidentiels du petit Nicolas à coups de "c'était mieux avant". Je ne ris plus aux blagues misogynes de tonton depuis que je suis la seule à avoir compris que cela pouvait blesser tata. Je ne mangerai bientôt plus de viande car j'ai su repenser ma condition sur cette terre et me rendre compte que je ne valais pas plus que n'importe quel animal. Vous ne comprenez pas, et je ne vous en veux pas. Mais je voudrais vous dire que je ne suis ni une bobo, ni une anorexique, ni une féministe radicale, ni une gamine à qui on retourne la cervelle. J'ai juste l'impression d'être devenue une adulte, vous voyez. Qu'y a-t-il de plus adulte que de faire le choix de l'indépendance et de décider d'assumer ses choix ?  

     A vingt ans, vous buviez de la bière clandestinement dans le dos de vos parents et vous aimiez écouter la radio. Vous Papa et Maman, vous aimiez vivre avec votre temps : une fan inconditionnelle de Jeanne Mas et un Punk anarchiste un peu coincé... Rien que ça. Mais j'ai choisi un autre camp, celui de la musique classique et des grands textes, celui des études littéraires et des thés entre copines. Je ne vis pas avec mon temps. Si mes amis aiment se murger à la vodka, je pense que rien ne vaut une bonne bière et mon corps bouge en soirée sur des Rockabillys et les Twists des années 50 plutôt que sur l'électro d'aujourd'hui. Que voulez vous, je suis peut-être une originale. J'aurais aimé connaître tout ça avant, ne pas avoir l'air ignorante la première fois que j'ai entendu de grands compositeurs, vu des films d'auteurs. Je ne pense pas non plus qu'une culture soit meilleure qu'une autre car je suis très fière de l'éducation que j'ai reçu. Mais quand même ... Un  musée pour la première fois à 18 ans, ça vous met vite mal à l'aise au milieu des habitués. 
Ce qui semble difficile à comprendre, c'est que j'affectionne profondément ce monde de découvertes, de savoir, de tolérance et de bienveillance dans lequel j'ai fait ma place en prenant "mon envol" comme vous aimez le dire. Pourtant, je sais d'où je viens et ne renie pas ma culture d'origine, celle des ballades dans les bois, des soirées "p'tit bac" sur la table du salon, des villages playmobils dans toute la maison, des Barbies blondes avec lesquelles j'ai joué ... 

     Je me dis quand même que pour l'instant j'ai eu de la chance ! Je n'ai pas été contrainte de me confronter à vous pour des choses qui auraient été déterminantes de l'image que vous avez de moi. Toujours dans le droit chemin, j'ai obéi malgré moi à vos attentes, presque sans le faire exprès. J'ai été une très bonne élève, une gamine sage. J'ai obtenu mon bac sans faire d'histoires, trouvé une amourette à 13 ans, avoué mon premier baiser à maman, trouvé l'amour à 16 ans et n'ai jamais subi de peine de cœur trop violente. Petite Camille, ressemble à papa et à maman, cheveux bruns, yeux verts, taille 38, selon vous mignonne. Casée depuis qu'elle a 16 ans avec un garçon blanc, bien élevé, catholique et militaire. Comment aurais-je pu faire mieux les vieux ? Le hasard a fait de moi votre enfant prodigue, mais je n'ai pas envie d'être ça ! Vous savez, moi je m'en cogne pas mal de savoir si le mec qui fait chavirer mon cœur est blanc. Je me fiche pas mal que ça soit un mec ou une femme d'ailleurs ! Vous avez de la chance là dessus, pour l'instant et depuis trois ans j'aime ce garçon là mais si par malheur tout devait s'arrêter et que je trouvais quelqu'un d'autre, vous auriez une chance sur deux d'être déçus. Oui, prenez ça comme un "coming out", s'en est un. J'aime une sensibilité et une personnalité plutôt qu'un genre et tant pis si cela vous chagrine. Pour l'instant, je suis amoureuse et bien tombée, contentez vous de ça. Je n'ose imaginer ce que pourraient être vos réactions. 

     J'ai encore quelques trucs à vous dire. Amis de longue date, sachez que changer n'est pas toujours négatif. J'ai conscience que je vous énerve de plus en plus. Mais ce n'est pas agréable pour moi non plus d'entendre dire que mes grands discours vous barbent. Nous sommes tous différents. Pour preuve : L'une fait des études de lettres, l'autre est apprentie infirmière. On en a un en prépa, un autre passionné d'art, un déscolarisé, un encore au lycée ... J'en passe. 
Je ne suis pas devenue quelqu'un de  prétentieux et j'ignore pourquoi ma parole vous est si étrangère maintenant. Je tente de vous faire partager ce monde que j'ai découvert, mon monde à moi, celui dans lequel je m'épanouis. Je tente de vous montrer à quel point j'aime ce que je fais. Que vous pensiez que je suis intelligente, je m'en contre-fiche. Je pensais juste que vous apprécieriez de partager mon enthousiasme. Encore une fois, Je n'oublie rien de nos beuveries, de nous soirées à tenir les bancs des villages, de nos confidences, de nos moment difficiles, de nos réconforts et de nos fous rires enfumés. Mais certains de ces aspects ne me plaisent plus. Mon père (ce philosophe ^^) m'a dit une fois "Devenir adulte c'est préférer un verre de vin à un pétard de shit". Il a raison, et malheureusement la transition est faite. Cela ne veut pas dire que je n'aime pas griller un pétard. Mais plus comme avant, sans adrénaline. 

     Je termine, parce que pour certains je sais que ça va être dur à entendre. Du moins à lire. Mas ça sera dit, le message sera passé. Comme disait quelqu'un que je connaissais bien : "Arrivé un moment, faut qu'ça sorte."

" S'aimer soi-même, c'est s'attacher à découvrir l'essence qui est déposée en soi. "
[Paule Salomon]

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