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Lettre ouverte à ma conscience.

     Je ne sais pas vraiment qui tu es, toi, la petite voix dans ma tête, ma petite conscience. Mais comme ça, sur un coup de folie, j'ai envie de te demander de partir avec moi. Je ne sais pas où on va, ni pour combien de temps, mais je sais pourquoi on marche. Cette lettre est un voyage qui mène ailleurs. 
Viens, on s'en va, on oublie tout. On marche et on contemple des immensités perdues, seules, on s'oublie un peu. On peut même se perdre si tu veux. On ne lit pas les journaux, on n'écoute plus la radio, on fait l'impasse sur le monde et on ne pense qu'à nous l'espace d'un temps de voyage intérieur. J'aimerais qu'on oublie que le monde va mal, qu'on cesse de se poser des questions, que rien ni personne ne puisse nous sortir de cette plénitude là. Aide moi à me recentrer sur moi même, à nous recentrer sur nous même puisqu'au fond, c'est ça qui est important. Si tu veux, on sifflera des airs de piano, on écoutera le vent et on s'allongera quelque part pour contempler quelque chose : les étoiles, la mer, la montagne. Peu m'importe, je veux bien qu'on aille partout, mais pas ici. 
     
     On oublie la haine, on ne pense plus à ce qui nous fait du mal, on fait semblant de n'avoir aucun souvenir et on oublie d'avoir vécu. Tu peux m'offrir ça non ? On pourrait laisser cicatriser nos blessures au vent et fermer les yeux pour ne rien voir d'autre que le bonheur. Parce qu'il existe, j'en suis sûre. Pas le bonheur qu'on ressent à chaque fois qu'une bonne nouvelle vient nous mettre du baume au cœur ni celui qui jaillit d'un éclat de rire, celui que je cherche à travers toi est plus profond encore et plus vrai. Il faut qu'on oublie, qu'on essaie de se comprendre, qu'on soit en harmonie. Toi qui m'offre le privilège ultime qu'est ma capacité à penser, il faut que tu m'aides à apprendre, à comprendre et à rêver à d'autres choses que celles qui sont de l'ordre du possible. Je veux partir plus loin et chercher au plus profond de mon être ce que tu me caches encore, c'est comme ça que je pense pouvoir réaliser l'irréalisable. Tu vois, c'est en t'écrivant que je plonge dans ce moi lointain qui ne demande qu'à s'affirmer. Je ne suis pas encore écrivaine, mais n'écris pas vainement non plus puisque je sais que je peux réaliser ce rêve intime. Mais pour cela, il faut que l'on discute un peu histoire de se mettre d'accord. Il faut que tu m'aides à avoir le courage d'agir en phase avec mes plus intimes convictions. Dans ce voyage que j'entreprends avec toi, je ne dois pas douter. 
     Je ne dois pas "douter de la beauté du monde ni de celle des hommes", encore moins douter de ce que je suis : une penseuse un peu confuse. Comme le Petit Prince, je ne renonce jamais à une question une fois que je me la suis posée. A ces questions, c'est toi qui y répond. Je sais que je te torture petite conscience mais ne t'en fais pas, tu verras, une fois les réponses trouvées, elles t'apaiseront. 
    
     Ça fait du bien de voyager comme ça ? Pas vrai ? Je le sens en ce moment même lorsqu'un sourire innocent et incongru se dessine peu à peu sur mon visage. T'écrire c'est voyager en moi, c'est comprendre, c'est rêver que l'impossible deviendra possible. Ces voyages là m'ont apporté tellement de choses et c'est tellement bon de faire couler de l'encre plutôt que des larmes. T'écrire, au début, c'était pour me soulager, pour oublier. Je t'ai beaucoup sollicité et je m'en excuse, c'était égoïste. Mais une fois soulagée, une fois raisonnée, j'ai découvert que ces voyages là avaient une autre vocation. Il n'y a rien de plus plaisant que de comprendre par soi-même ce qui mène au bonheur et c'est pour cette raison que je te dois une fière chandelle. Je n'arrive pas à me parler à moi même car mes sentiments font barrière. Mais toi, cette autre moi sans passions ni jugements, tu es la clé de la compréhension. 
     C'est drôle parfois, j'ai l'impression d'avoir des dédoublements de personnalité. je t'avais même donné un petit nom tu te souviens ? "Madame F", la voix de la raison et l'impartialité. Celle qui m'aide à décider si telle ou telle chose me concerne, peut m'apporter quelque chose et dépend de moi. Je ne suis pas assez spontanée pour prendre la parole en public sans jouer un rôle, ce que je te raconte est bien trop profond pour être véhiculé par ma simple voix. Je ne peux pas tenir ce discours qui est trop intérieur. Mais je l'écris, et j'aimerais que quelqu'un le lise. Je me fiche bien de ce que les gens peuvent penser de moi, mais j'aimerais qu'ils me connaissent de la même manière que je me connais moi même, grâce à toi. J'aimerais simplement qu'ils voient autre chose que le masque, juste pour qu'ils sachent. Ce qu'ils en penseront ne me regarde pas, ne m'intéresse même pas. Ils ont (les autres) le droit de me juger, mais qu'ils le fassent sur mon être plutôt que sur mon paraître. 

     Je viens encore de comprendre quelque chose de moi-même au travers de ces quelques lignes. Je pense que ta tâche de ce jour est accomplie. Merci d'être partie en voyage avec moi encore une fois.

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